Des savons bio saponifiés à froid à Combronde (63)

Artisan savonnier à Combronde dans le Puy-de-Dôme, Pierre Milnerowicz pratique la saponification à froid avec des produits naturels et bio. Rencontre.

Pierre habite à Combronde, le village de son enfance. Plus précisément dans la maison de sa grand-mère, qu’il a restaurée avec sa femme. Un retour aux sources. L’envie de construire son nid au coeur de ses racines. C’est là que son fils Victor grandira. C’est là que son projet de savonnerie s’épanouit.

Quand il ouvre la porte de son laboratoire, installé au rez-de-chaussée de son havre de paix, Pierre a le sourire de ces hommes qui savent où ils vont. Il est déjà à l’ouvrage, avec son tablier blanc de chef cuistot, au son de sa radio, au milieu de ses savons.

D’abord un café, dans son salon, à côté du poêle à bois pour poser le décor de sa vie. On a tout de suite envie de l’écouter nous raconter sa passion, la saponification à froid, ses rencontres avec les producteurs locaux, sa conviction du consommer et produire bio ou raisonné, de la slow cosmétique, son désir insatiable du vivre bien.

> Passe partout est de la partie !

L’ancien disquaire-libraire-globe-trotter-barman-cuisinier-vendeur-de-parquet-diplômé-en-génie-mécanique a posé ses valises dans le Puy-de-Dôme pour faire place nette à son imaginaire du consommer responsable. Un imaginaire qu’il exprime dans la création de savons qu’il veut naturels, bio, bons pour la peau, mais surtout utiles.Tel « Peau nette » qui purifie les peaux normales, « Extra miel » qui promet un gommage santé,  le « Bourricot » au lait d’ânesse extra doux pour toutes les peaux, ou le « Mineur » avec du charbon végétal et du miel pour les peaux sèches et sensibles. Il y a même le  “Passe partout” parce que fabriqué avec les produits de base de tous ses savons, l’huile d’olive, de coco et le miel qui hydrate, apaise et régénère. Pas moins de 14 recettes déposées, testées par un doctorant en chimie pour en vérifier l’innocuité. Quatorze recettes validées par un pharmacien. Pierre ne travaille pas au hasard. Un hasard qui n’a pas de place non plus dans son choix de devenir savonnier.

> Deux étincelles pour une passion

Deux étincelles ont allumé le feu de sa passion. La première, c’est son grand-père qui fabriquait déjà du savon, sans se poser de question, pour sa famille, ses voisins. « A l’époque on transformait tout ce qui tombait de la table, du gras d’animal comme le cochon, le boeuf, ou des huiles végétales qui avaient déjà servi. » Une tradition qui ne s’embarrassait pas des considérations bio. Un savoir-faire disparu dans les années 60 en même temps que les fours du village, sur l’autel de l’industrialisation des produits du quotidien, devenus meilleur marché.

Je ne veux pas faire de savon qui se contente de sentir bon, pas de parfum synthétique

La seconde étincelle a jailli en février 2012 alors que sa soeur attendait un heureux événement. « On utilise beaucoup de cosmétiques au quotidien, mais on ne sait pas ce qu’ils contiennent. Je voulais fabriquer un savon dont je connaisse le contenu, pour en partager les bienfaits avec ma famille. » Quelques premiers tests concluants, une famille et des amis ravis, la confrontation avec une étude de marché, le face à face avec le pragmatisme des chiffres pour la viabilité du projet et voilà Pierre parti dans l’aventure de la saponification. Oui mais la saponification à froid, artisanale, avec des produits bio ou raisonnés, à l’opposé des savons industriels.

> La saponification à froid ça fonctionne comment ?

Pierre a choisi ce procédé dans une démarche de fabrication responsable. « Tout d’abord c’est peu gourmand en énergie puisque le seul outil électrique que j’utilise est mon mixeur plongeur qui a pour mission de casser les particules de gras des huiles végétales qui vont se mélanger aux particules d’eau et de soude, les trois principaux ingrédients de ma recette travaillés à température ambiante. »

 

Précisons qu’au mélange d’huiles naturelles végétales et d’eau, on ajoute de la soude pour les savons durs, et de la potasse pour les savons liquides. Le processus de saponification à froid se met en place jusqu’à obtention de la trace (voir encadré) que Pierre compare à une « crème anglaise très épaisse ».

C’est à ce stade de la saponification qu’on ajoute les huiles essentielles, les argiles colorantes ou les céréales qui donneront l’ADN de chacun des savons.

 

La trace est ce moment où les huiles et la soude commencent à réagir entre elles pour former de la pâte à savon. La saponification est en cours. La pâte à savon épaissit progressivement. A ce moment, lorsqu’on fait couler un peu de pâte, elle laisse une trace dans le contenant. Ce que l’on appelle la trace, en savonnerie, c’est donc ce moment où la consistance de la pâte laisse une trace.

 

Notons que contrairement à une saponification à chaud qui induit la suppression de la glycérine qui encrasse les machines industrielles, la saponification à froid et manuelle permet de conserver cette glycérine naturelle aux propriétés hydratantes. Dans une saponification à froid, on obtient donc 80% de savon qui a une fonction détergente, et 20% de glycérine qui a une fonction adoucissante.

Les savons sècheront ensuite pendant 30 jours dans la salle de cure à une température en-dessous de 30°, avec la présence d’un déshumidicateur.

> Des intrants bio

Selon Pierre, l’intérêt de ce processus permet de « conserver toutes les vertus des acides gras végétaux reconnus et absorbés par la peau, tous les bienfaits des intrants que sont les huiles essentielles. C’est le seul savon au plus proche du PH de la peau ».

Qu’il s’agisse de propolis, de citron, de lait d’ânesse, de lavande, de tea tree, de son d’avoine, etc, Pierre choisit tous ces intrants en bio ou raisonnés, et dès qu’il le peut auprès de producteurs locaux. Son plaisir est de rencontrer des gens du terroir pour découvrir leur travail et leur proposer d’utiliser leurs produits pour créer de nouveaux savons. Il se verrait bien par exemple créer un savon au lait de chèvre rehaussé d’huile essentielle de serpolet. A suivre !

 

L’exemple du savon fraîcheur verte –  Le best seller de Pierre, le “savon fraîcheur verte” est fabriqué à base d’huile d’olive, de coco et de tournesol. Une fois ces trois corps gras mélangés au mixeur avec l’eau et la solution active de soude, on ajoute les deux huiles essentielles de menthe poivrée et d’eucalyptus radié. La menthe a notamment des fonctions cicatrisantes et rafraîchissantes, alors que l’eucalyptus possède des vertus antibactériennes et énergisantes. La couleur verte est obtenue avec de la purée d’épinard au printemps, de la luzerne en été ou de la roche fluorite du Puy-en Velay le reste de l’année.

 

> Où trouver les savons de Pierre ?

On peut trouver ses produits dans nombre de magasins bio clermontois, sur son site internet www.lessavonsdepierre.com, ou en vente directe dans son laboratoire à Combronde, sur rendez-vous en téléphonant au 06.18.97.17 99 ou au 09.81.96.37.52.

Texte et photos Sylvie Pallot

 

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